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Regné, 18/06/2006: hérodium.




PRÉFACE



Cette préface se veut être un bouquet de paroles échangées durant le voyage avec Marc et de paroles bibliques données à ce dernier, dans la prière, dès le début de son chemin de guérison intérieure.


Avec « A toi qui désespères », Marc Matagne, par son témoignage, s’engage, et nous engage à sa suite, au fil de la Parole et des images, sur des sentiers toujours nouveaux, pour accueillir ensemble, dans l’Extraordinaire de Dieu, « un avenir plein d’Espérance » (Jérémie XXIX, 11).


Guérison intérieure, évangélisation des profondeurs, chemin d’humanisation et de conversion, itinéraire d’évolution, de sanctification: rien que des passages et des traversées, des mots qui disent la même chose, différemment pour une question d'herméneutique. Des mots à remplir soi-même de sens, pour dire que tout va dans le même sens, celui de la Rencontre avec l'Autre et de l’Amour.


A travers toutes les démarches et sur tous les chemins proposés par Marc, c’est toujours le même Esprit Saint qui est à l'oeuvre. Que ce soit en psychothérapie, en accompagnement, au coeur de la nature de l’homme ou dans la beauté de la forêt ardennaise, c’est toujours le même Esprit de Dieu qui opère. A partir du moment où la personne est en réception (présence et accueil), elle se met à l’ouvrage et l’Esprit, en elle, met tout en Chef-d'Oeuvre pour un aboutissement.


Pour que le chemin aboutisse, il faut croire au « Sujet » pour que s’exprime le « verbe » et qu’il jaillisse de séance en séance. Après ces années de voyage sur le chemin d’Emmaüs, c’est une grande joie pour moi, de saluer, non seulement ce jaillissement littéraire, mais surtout la foi de Marc, son courage, sa persévérance, sa détermination, sa fidélité devant les incertitudes, les doutes, les difficultés rencontrées face à de grands espaces inconnus.


Je veux aussi remercier Marc pour cette « relation d’être », plus profonde qu’une simple « relation d’aide ». C’est quand l’être parlant, l’accompagné, se fait prophète, dans l’élan d’une parole qui se projette dans les cris (l’écrit), que s’offre et s’ouvre aux autres un espace différent où le sens des mots comme support « spirituel » donne un autre sens aux maux et à la vie. Ce témoignage me paraît comme étant exemplaire!


Comment vais-je vous présenter, à vous, lecteur, ce qui a d’abord été pour moi une merveilleuse aventure d’accompagnement spirituel? Je me sens peu digne et, à bien des égards, redevable à Marc, car, sans lui, je n’aurais pas autant prié, autant écrit et contemplé l’oeuvre de l’Esprit, de mon observatoire de témoin favorisé, du lieu de mon ministère de passeur.


Avec le recul des ans, toutes ces pages de notes d’accompagnement, dessins et annotations diverses, d’un parcours où l’invisible se fait visible, sont pour moi comme des photos-souvenirs, des cartes d’un voyage au pays de soi.


Alors, comme par miracle, de la photo en négatif, au-delà des mots et des souffrances, apparaît, en positif, comme la Face de l’Incommunicable. Mon voeu, c’est que, à travers le miroir du vécu et des photographies de Marc, vous puissiez faire la même expérience!


Par son courageux témoignage, Marc nous invite à lire le Livre de Tobie comme une métaphore de notre propre itinérance, avec nos pauvretés, nos tours et nos détours. A la lecture de ce manuscrit, je me dis qu’il y a sûrement quelque chose de Marc qui coule en chacun de nous, un peu de son âme, un peu de son coeur, du sang de notre humanité, à moins que ce ne soit le contraire: quelque chose de nous qui coule en Marc, pour surgir, au fil de la lecture de son livre, comme une résurgence de l’Esprit.


L’accompagnement de Marc a été le fruit d’une triple collaboration: un chemin dans la présence à soi-même, dans celle du Seigneur et dans le (la) geste du passeur et accompagnateur, garant d’une alliance et d’une séparation symboliques, pour entrer ailleurs, en des lieux impossibles, inexplorés de soi, mystérieux, tout comme en Terre Promise.


Marchons ensemble, chemins faisant, pèlerins, tels Raphaël et Tobia, explorateurs de l’indicible, durant ces heures passées ensemble; découvreurs, l’un et l’autre, de la Grâce et de la Miséricorde, à travers ce qui est proprement humain: la traversée de l’être.


En chemin d‘accompagnement, j’ai découvert progressivement, au fil des mois, sur le chemin de l’Essentiel, « quelqu’un » qui s’éveille à la responsabilité et qui parvient, après « la grande épreuve » (Apocalypse VII, 14), au lieu de soi, lieu du couronnement et du manque accepté, victoire sur soi-même et sur la vie.


L’Essentiel, Marc en reste le premier témoin et l’acteur privilégié; l’accompagnateur, tel Azarias, alias Raphaël, n’étant qu’un « pauvre passeur » sur le fleuve tourmenté de la vie, le guide, le messager ou le berger qui ne peut que louer et rendre grâce pour toutes les grâces reçues, pour chacun et par chacun, car c’est bien l’Esprit-Saint qui est à l’oeuvre en nous tous.


Donc, que cette préface joue son rôle de « passerelle » et que, à travers ses chemins de vie, avec l’aide de l’Esprit Saint, Marc puisse bien vite parler à votre coeur!


Tout comme la personne accompagnée est invitée à « garder les paroles de cette alliance, pour la mettre en pratique » (Deutéronome XXIX, 8-13), « pour des projets de bonheur » (Jérémie XXIX, 11-14), je vous invite, vous aussi, lecteur, à méditer chaque chapitre en faisant des projets de bonheur pour vous-même, car « tout est possible à celui qui croit » (Marc IX, 23).


Dans un vieux rêve d’enfance, celui d’être un jour jardinier ou clown dans le monde, autant par auto-dérision que par provocation, Marc s’est laissé prendre au JE(U), au point de devenir fou du Roi des rois, auguste pour le Seigneur des seigneurs, médiateur et initiateur pour chacun de nous. Ainsi, sur le chemin de la guérison, la révolte et la réactivité ont laissé une large place à l’encouragement, à une parole qui se veut prophétique pour chacun de nous.


Être parole de clown blanc pour tous les « petits enfants » du Royaume que nous sommes, être clown et signe de la Miséricorde au coeur du Monde, être parole qui s’accomplit, se réalise, se déjoue des plans de la condition humaine: tout cela habite la plume de Marc.


A toi qui désespères, il dit que Dieu n'a jamais dit son dernier mot, que son bras divin est plus long et que son coeur de Père est plus grand que le nôtre. Tout, dans le ciel et sur la terre, converge en relation avec cela: ton bonheur. C'est d'ailleurs le message que laisse entrevoir l'apôtre Paul, dans sa lettre aux Romains (VIII, 28-39), quand il dit que tout concourt au bien de ceux qui aiment marcher en vérité et en esprit, et que les épreuves, la maladie, les échecs, la dépression ne peuvent pas nous séparer de l'amour du Christ.


Et, sachant que Dieu ne demande jamais l’impossible, laissons-le, Père, Fils et Esprit, apaiser l’enfant tourmenté en nous, chassant les esprits mauvais qui nous habitent, probablement déjà depuis des générations.


Partons plutôt en excursion, avec Marc, secondé par l’Esprit-Saint, car c’est bien lui le guide qui vous parle, en ami, en frère, en « tu » et en confiance, de ce voyage jamais terminé aux confins de lui-même.


Pèlerinage, procession, itinérance, comme mystère jamais épuisé où se révèlent Dieu et Marc tout à la foi(s), et pourquoi pas « toi », à travers le périple d’un « je » réalisable pour « tous »? Car Dieu veut guérir tout l’homme et tous les hommes, et toi qui désespères tout particulièrement!


De la première image donnée à Marc dans la prière, celle d’une charrue tirée par Dieu lui-même (symbole de fertilisation ou du modelage d’Adam par la main du Seigneur), comme pour des premières semailles, jusqu’à la moisson des derniers mois, avec ce livre, que de changements en Marc! C’est pourquoi l’apôtre Paul nous parle de « métanoïa », car notre plus grande peur (paranoïa), c’est probablement la crainte de changer, d’évoluer.


A toi qui désespères, que ce livre, modeste mais plein du désir de Dieu, soit pour « toi » comme un GPS (Guide de la Parole du Seigneur), et que cette lecture t’apporte transformation, paix et espérance. Je ne voudrais pas oublier l’une des premières paroles données à Marc dans l’accompagnement, parce qu’elle est aussi pour toi: « N’aie pas peur, car le Seigneur prend ta cause en mains » (Isaïe XLIII, 1). De la cause comme « origine », jusqu’à la cause comme « intérêt », Dieu Trinité prend tout notre passé et tout notre devenir, à bras le corps, pour un avenir plein d’espérance, cela va de soi!


Bien vite, à l’amour du jeune profès du Carmel pour les randonnées, répondra l’invitation du Seigneur, adressée à tous les chercheurs de Dieu: « Lève-toi et marche! » (Matthieu IX, 5). Chaque Parole du Père est comme une question pertinente: jamais le moindre jugement dans les mots de Dieu-Amour, mais perpétuellement des interpellations, car, sans cesse, Il questionne notre perception de la réalité et nos illusions (mensonges)! Les illusions ont peut-être la vie dure, mais elles n’ont pas d’avenir! Voilà pourquoi Marc-Tobie entreprit ce voyage symbolique, de sa Médie à lui, voilà pourquoi il entama sa traversée du désert, entrant dans la quête de l’être-en-soi, à travers les méandres du labyrinthe, pour accéder aux mots-clés qui ouvrent des passages. La première clé étant la vérité en soi.


Avec la grande famille de Dieu, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et Jean-Paul II, avec la discrète intercession de la foule innombrable des saints, comme Marie, dire « Oui » à la vraie vie et à l’Amour le plus pur. Marcher pour prendre le chemin de la vérité sur soi-même, prendre le chemin de la liberté de choisir la vie plutôt que la malédiction.


Une autre image donnée à Marc m’habite, celle du coeur de Marc suspendu à quatre fils qui l’empêchent de se briser. Ainsi Dieu nous protège et nous garde sur le chemin de la guérison intérieure. Et une question aussi: « De quelle nourriture as-tu besoin, Marc? » (cf. Romains XIV, 19-23). Car, dès ta divine origine, Marc, « Tu es », contre mon coeur de Père, « tu es », car « Je suis » Celui « Qui est » (Exode III, 14). En dehors d’un chemin de mort, il n’y a pas d’alternative à la Vie, mais Ma Grâce, donnée gratuitement! « Tu » ne peux exister qu’en « étant » « je ».


Cette « discrète intercession de la foule innombrable des saints », cette image, cette question, cette déclaration d’amour, elle est pour toi aussi, lecteur: « Tu es », comme chacun de mes enfants, le lieu béni, le pays, dont le Seigneur prend soin depuis toujours et pour toujours, celui qu’il désire cultiver « avec toi ».


Pour cela, Marc a dû quitter l'Égypte, l’Assyrie, « pour marcher sur des chemins de vérité » (Tobie I, 3); avec Tobie et Raphaël, il a quitté ses sécurités, ses idolâtries, ses chemins de traverse, ses révoltes, ses blocages, ses peurs, jusqu’à ses répulsions, dressés en mur de résistance, fort seulement d’une parole donnée: « Si tu es fatigué, si tu faiblis, Je te donnerai la force, le réconfort, la protection. » (Isaïe XL, 29-31).


Marc, avec d’autres religieux et laïcs passés par la Maison Saint-Raphaël, sont tous « porteurs » d’un merveilleux témoignage de conversion « en profondeur », dans la confiance, la foi, la vérité, l’humilité, le courage d’être, la lucidité.


Comme eux, et comme l’homme que le bon Samaritain accompagne, recueille et soigne, pour le laisser grandir, devenir adulte et pleinement responsable, nous devons tous un jour sortir de notre coma (déni), pour parvenir à retrouver la mémoire (familiale), apprendre « qui nous sommes vraiment » et « d’où nous venons », pour découvrir « où nous allons », pour le plus grand des Bonheurs promis.


Donner la Parole du « Tout Autre » pour donner la parole à l’autre. Donner les mots pour dire les maux, faciliter l’expression des sentiments les plus profonds, chasser les « mauvais états d’esprit », libérer et proclamer la parole au Nom de Jésus… Si ceci est le rôle des accompagnateurs, que ce geste se prolonge aussi dans ce livre, afin que Marc se fasse, à son tour, « passeur » pour tous les désespérés.


Roland REUMOND




Tavier (Anthisnes), 08/09/2006: grand vulcain.



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