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Grand-Halleux, 24/06/2006: abeille butinant ventilée par ses congénères.




La vie communautaire


Une des principales caractéristiques de la vie religieuse est bien évidemment la vie communautaire. Celle-ci n'est rendue possible que par l'engagement au célibat consacré qui, précisons-le ici, n'est en rien une dévalorisation du mariage (il s'agit, tout au contraire, de deux états de vie qui s'éclairent et s'enrichissent réciproquement), mais qui a sa place dans l'éventail des vocations chrétiennes pour signifier une dimension éternelle de l'Amour et témoigner de l'existence d'autres formes de fécondité. Les membres d'une communauté religieuse ne se choisissent pas au départ. Ils sont néanmoins appelés par le Christ à une même vocation et rassemblés autour de lui dans ce même appel. A l'instar du petit groupe des douze apôtres qui rassemblait des personnalités fort différentes et parfois diamétralement opposées, telles Matthieu, le publicain collaborateur, et Simon, le Zélote résistant à l'occupant, il arrive fréquemment que les membres d'une communauté religieuse entrent en confrontation les uns avec les autres.


Beho, 19/08/2006: église, détail de la chaire (Saint Matthieu).




Je crois qu'il est ici important de ne pas idéaliser les choses et qu'il faut savoir qu'une communauté religieuse est constituée d'hommes ou de femmes bien ordinaires et qui ne sont pas meilleurs que les autres. En outre, beaucoup d'entre eux y entrent avec des blessures psychologiques non assumées, ce qui rejaillit immanquablement sur les relations entre personnes. Enfin, contrairement à des collègues de travail, les religieux cohabitent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, ce qui peut d'ailleurs parfois rendre la vie quasiment insupportable... Quel tableau désastreux me direz-vous! Je vous répondrai qu'il se veut réaliste et détruire par la même occasion certaines images d'Épinal représentant des communautés qui, vues de l'extérieur au cours d'un office dans le choeur d'une église abbatiale, ont l'air parfaites.


Trois-Ponts, 11/06/2006: colonie d'insectes.




Et pourtant, la vie communautaire constitue une merveilleuse école de vie, nous confrontant très concrètement à ce que nous sommes réellement et à ce que sont nos relations. Du postulat à la fin de sa vie, il est certain que, pour tout religieux, la vie communautaire est difficile, exigeante et éprouvante. Interrogez-les: aucun ne prétendra le contraire, et tous vous parleront de disputes à propos de questions politiques ou liturgiques, de jalousies, parfois même de sentiments de haine... Or, c'est au coeur de ces difficultés qui, soit dit en passant, alternent bien heureusement avec des moments de paix et de joie, que le Seigneur nous appelle à vivre, et à vivre d'amour du prochain.



Houvegné, 10/09/2006: vaches.



Car la vie communautaire est le lieu par excellence où doit s'exercer la charité fraternelle, voire même l'amour des ennemis tant recommandé par Jésus. C'est une des exigences fondamentales de cet état de vie. Par cet exercice qui constitue un merveilleux défi, des rancoeurs et des animosités peuvent être peu à peu dépassées, et ce qui, de premier abord, pouvait apparaître comme un contre-témoignage, peut se transformer en véritable témoignage héroïque d'amour, au travers des petites choses de la vie. Car, comme tous les chrétiens, les religieux sont appelés à s'aimer de l'amour même de Dieu et reçu de Lui. « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés », nous enseigne le Christ (Jean XIII, 34). Existe-t-il un programme de vie plus ambitieux et plus audacieux que celui-là? Certes non, mais la grâce de Dieu rend tout possible. Je puis témoigner a posteriori que, à travers un long et progressif apprentissage de l'acceptation de soi et des autres, avec nos limites, nos défauts, nos faiblesses et nos pauvretés, la vie communautaire constitue une prodigieuse expérience de vie, hautement enrichissante, instructive et structurante.



Houvegné, 10/09/2006: anamites tue-mouches.



Les Manuscrits autobiographiques de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus relatent avec maints détails des exemples concrets où, dans des petits gestes de charité qui peuvent paraître les plus anodins, la sainte est parvenue à dépasser ses antipathies et ses agacements à l'égard de certaines de ses soeurs carmélites. Mieux que quiconque, elle a mis en évidence ce que doit être la vie communautaire dans l'humble quotidien d'une religieuse ou d'un religieux, et combien celle-ci peut être féconde pour l'humanité tout entière en participant, certes mystérieusement et imperceptiblement, à l'oeuvre rédemptrice de Jésus-Christ, à la croissance du Royaume de Dieu et, tout en le hâtant, à l'avènement du monde nouveau que nous attendons et auquel nous sommes tous destinés.


Honvelez, 09/09/2006: sureau.




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