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Rivage, 10/04/2005: aubépine.




La prière silencieuse


Comme évoqué plus haut, une des spécificités de la vie religieuse carmélitaine consiste en ces deux heures quotidiennes d'oraison silencieuse. Ceux qui sont assoiffés d'expériences mystiques extraordinaires seront bien vite déçus, et il est heureux qu'il en soit ainsi! Indépendamment de la dimension religieuse de cette démarche, disons d'emblée qu'elle a déjà pour grand mérite de nous confronter à nous-mêmes.



Fraiture, 18/12/2005: paysage de neige.



L'absence de bruits extérieurs et la pénombre ambiante nous incitent à nous concentrer sur ce qui fait l'essentiel de notre être, sans nous disperser vers des futilités extérieures qui, si souvent, nous distraient en flattant nos sens. Un tel contexte a tendance à nous révéler à nous-mêmes et constitue un excellent exercice à la connaissance de soi. Car, bien souvent, le silence extérieur ne coïncide pas avec la sérénité intérieure que l'on pourrait supposer. Notre être est en effet, à maintes reprises, secoué par les tempêtes intérieures de nos angoisses, de nos frustrations, de nos rancoeurs, qui, remontant du plus profond de notre coeur, traversent tout notre être, pour émerger à la surface. Ce n'est que très progressivement, avec l'effort de la volonté et la grâce de Dieu, que la paix intérieure peut s'établir en nous. Mais il est bien évident que l'exercice est à recommencer tous les jours...



Coo, 24/12/2006: lac.




Bien évidemment et bien heureusement, l'oraison silencieuse ne consiste pas uniquement en ce simple exercice psychologique de connaissance de soi. Elle est avant tout prière et relation de coeur à coeur avec notre Dieu dont on se sait aimés. Il s'agit de se présenter à Lui, tels que nous sommes, avec toutes nos pauvretés, nos limites, nos distractions et nos faiblesses, de consentir à nous ouvrir à Lui en lui permettant de visiter toutes les couches de notre personne, de se laisser peu à peu transformer par Lui, comme l'argile est modelée par le potier, de se laisser purifier et embraser par le feu de son Amour, pour parvenir enfin à une union totale à Lui et à sa divine volonté. Il faut généralement toute une vie pour y arriver ou, plus exactement, pour être capable de recevoir ce don que Dieu nous prodigue.



Cierreux, 04/05/2007: coucher de soleil.



Insistons sur le fait que, contrairement à ce que d'aucuns pourraient croire, cette démarche n'est pas exclusivement passive: elle exige une constante vigilance, une attention permanente, une conversion toujours renouvelée du coeur qui doit sans cesse se tenir orienté vers Dieu et revenir à Lui à chaque égarement. Ce chemin vers cette union à notre Créateur et à notre Sauveur passe inéluctablement par une longue traversée de la nuit. La lumière de Dieu est telle qu'elle nous aveugle, car tout un travail d'adaptation est nécessaire. Il se peut même que, plus elle se rapproche de nous, plus nous sommes aveuglés par elle.



Vielsalm, 15/10/2006: le lac, la nuit.



Dieu étant au-delà de notre intelligence et de nos sens, ceux-ci peuvent parfois nous induire en erreur ou, à tout le moins, se voir réduits à l'impuissance de nous apporter une aide quelconque sur cette voie difficile et austère, dans laquelle nous progressons comme des êtres dépouillés et démunis. Bien sûr, Dieu peut parfois nous parler par la médiation de nos sens, mais un sérieux discernement s'impose alors, au risque de lui attribuer des choses qui ne proviendraient pas de Lui. La tentation est en effet souvent très grande de nous orienter vers des voies détournées qui, ayant l'air plus praticables, nous égarent complètement et nous détournent de l'essentiel. Saint Jean de la Croix et sainte Thérèse de Jésus ne manquent d'ailleurs pas, tout au long de leurs traités spirituels, de nous mettre en garde contre les périls qui nous guettent et les fausses illusions. Mais la grâce de l'union à Dieu est promise à qui s'engage sur ce chemin de l'oraison avec persévérance, humilité et discernement.



Cierreux, 19/06/2006: chemin.




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