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Bihain (Plateau des Tailles), 18/12/2005: paysage de neige.




La cécité et la déréliction


Tobit envoie son fils, en ville, à la recherche d'un pauvre, pour l'inviter à la table familiale, à l'occasion d'un repas de fête. Là encore, il fait preuve de générosité et de justice. Mais, en chemin, Tobie voit le cadavre d'un Hébreu, mort assassiné et gisant sur la place. Aussitôt, il s’en retourne chez son père qui, renonçant à son projet charitable, s'en va promptement, au péril de sa vie, chercher le corps, pour l’enterrer. Considérant les risques de son entreprise, son entourage se moque de lui. La nuit, fatigué de sa mission, Tobit s’endort dans la cour du jardin. Durant son sommeil, sur ses yeux, tombent des fientes d’oiseaux, qui nichaient juste au-dessus de l'endroit où il s'était assoupi, au point qu'il en devient aveugle. Cette cécité durera quatre ans. Anna tient un métier à tisser. D’un client, elle reçoit un chevreau, mais Tobit croit que le cabri a été volé et il défend à son épouse de l'accepter, si bien que celle-ci en vient à lui témoigner de l'hostilité. En outre, elle lui reproche sa générosité qui, selon elle, lui aurait fait perdre la vue.



Provedroux, 26/08/2006: coucher de soleil.





Un état de cécité temporaire constitue immanquablement le lot de tout qui s'engage sur les voies de la guérison. En outre, cette perte de la vue s'accompagne d'une prise de conscience de nos faiblesses, de nos limites et de nos pauvretés. C’est aussi le moment où de nombreuses souffrances remontent à la surface. Mais nul n'ignore cependant qu'une source de lumière éblouit d’autant plus qu’on s’en rapproche: il faut du temps pour que l’oeil s’adapte à la lumière de la vérité, s'accoutume à la splendeur de la gloire de Dieu, pour enfin recouvrer la vue. Chez Tobit, cela aura duré quatre ans. Cela peut être, dans certains cas, le temps d’un chemin de guérison. Parfois, lorsque les blessures sont profondes, le parcours pourra se prolonger encore davantage... Il faut donc beaucoup de patience et de persévérance en relation d'aide chrétienne. Il est également indispensable de permettre à la lumière de Dieu d'accéder à tous les recoins ténébreux de notre être, d'accepter de se laisser visiter par elle, sans tenter de dissimuler des zones d'ombres, qui alors ne pourraient être irradiées par son action salvatrice. C'est en consentant à devenir transparente à la clarté, qui permet de différencier les choses et qui supprime toute forme de confusion, perméable à l'eau, qui purifie, désaltère et fertilise, et inflammable au feu de l'Esprit-Saint, que l'âme humaine pourra progressivement s'embraser d'amour et être éclairée, illuminée, par la blancheur éclatante et immaculée du Christ ressuscité.


Trois-Ponts, 20/11/2004: feuilles d'érable, soleil, rivière (Salm).




Dans sa Nuit obscure et sa Vive flamme d'amour, saint Jean de la Croix fait état d’un tel cheminement spirituel, qui s'apparente à une traversée de la nuit, parce que, justement, à cause de ce qui est blessé en nous, nous sommes incapables de voir la lumière du Seigneur, et que ce n’est que peu à peu, par un travail de purification et de libération intérieures, que l’on parvient à quitter notre état d'aveuglement.


Regné (Plateau des Tailles), 16/09/2006: coucher de soleil, étang.




Déjà, la philosophie grecque, notamment dans l'allégorie de la caverne que l'on retrouve au septième livre de La République de Platon, relevait combien une inadéquation à la vérité peut nous induire en erreur et nous empêcher de contempler le réel tel qu'il est. Notre cécité apparaît alors comme un obstacle infranchissable ou, pour prendre encore une meilleure image, comme un amas de chaînes qui nous entravent et nous rendent prisonniers de nous-mêmes: l'étau de nos angoisses est donc tel que l'on est persuadé de l'absence d'issue. Seule la liberté retrouvée nous permettra enfin de briser cet étau et d'ouvrir toutes grandes les voies des multiples possibles.



Cierreux, 04/03/2005: ruisseau, neige.




Un autre point que nous enseigne ici l'histoire de Tobie est le fait que, très souvent, notre entourage, plus particulièrement les membres de notre proche famille, inévitablement impliqués et concernés par ce que nous vivons, du seul fait qu'ils font partie du tissu de nos relations et sont à l'origine de notre propre histoire, peuvent se sentir comme remis en question par notre démarche de guérison, l'insécurité et la déstabilisation qui en résultent pouvant alors temporairement provoquer chez eux des réactions de méfiance, de rejet, voire d'abandon… Il s'agit d'une situation tout à fait normale, dont il ne faut point s'étonner. Une solitude relative peut donc parfois constituer le prix de la guérison et s'ajouter aux autres épreuves qui lui sont inhérentes.



Salmchâteau, 24/09/2006: araignée au milieu de sa toile.



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